Pour un pacte social autour de l'entreprise
"Le pacte social autour de l'entreprise". Les intervenants ont
commenté ce sujet en énumérant et en détaillant les comportements
des différents acteurs qui gravitent autour de cette personne
morale (actionnaires, dirigeants, salariés et consommateurs). Ils
ont aussi précisé les évolutions historiques et juridiques des
entreprises et des statuts et rappelé que des alternatives plus
redistributives des profits existent (la SA est récente dans notre
droit) ; que des modifications législatives sont possibles pour, si
les pouvoirs publics le veulent, obliger l'entreprise à assumer ses
responsabilité si son rôle social s'éloigne trop des besoins des
citoyens qui sont aussi des salariés ou des clients. Mais
existe-t-il encore en France une place pour de vrais "capitaines
d'industrie" susceptibles d'intégrer l'entreprise dans une
dynamique sociale plus vaste ? Les gestionnaires ont souvent
remplacé les stratèges et les investisseurs privilégient maintenant
la rente à l'entrepreneuriat ; dans ce contexte peu dynamique, aux
changements rapides et anxiogènes, ce sont les économies qui sont
privilégiées (et notamment celles de personnel grâce aux
compressions et aux délocalisations) et rarement le développement
ou l'innovation, pourtant facteurs de croissance et d'adhésion mais
trop dépendants d'une culture industrielle qui semble se perdre.
Dans ce courant, quelle est la place des RH qui constituent
pourtant un lien privilégié entre la décision et la production ?
Les jeunes experts présents ont réaffirmé leur engagement dans ces
formations, convaincus d'impulser des dynamiques nouvelles.
Le constat qui a le plus provoqué d'échanges, c'est la rupture profonde qui semble s'installer entre les salariés - après les ouvriers, les cadres et depuis quelques temps les cadres supérieurs - et leur entreprise. Il s'est instauré des logiques différentes de réussites et de rapports au temps : les uns dépendent du long terme pour stabiliser leur vie alors que l'entreprise, tant au niveau de ses dirigeants que de ses actionnaires, privilégie une vision à très court terme de ses résultats et de ses stratégies économique et sociale. Ainsi, il arrive parfois que des efforts importants soient demandés aux salariés qui conduisent à une optimisation des résultats... avant cession ou fermeture, les logiques économiques devenant mondiales alors que les équilibres sociaux sont nationaux et parfois locaux. La crise a accentué ce phénomène auquel les salariés semblent maintenant se résigner avec amertume, avec des dégâts physiques ou psychologiques importants et ce parfois avant même une première expérience professionnelle puisqu'il existe pour les étudiants l'exemple désenchanté des parents.
Doit-on considérer que ces constats ne concernent que la France, la situation y étant particulièrement alarmante (peut-être en raison de son goût trop prononcé pour l'industrialisation et les process comme ceci a été suggéré) ? Des expériences suédoises, moins pyramidales, plus délégataires (et respectueuses des compétences) et mieux intégrées dans les tissus sociaux ont été détaillés tandis que des exemples français ou américains ont servi aussi d'illustration de mariages réussis entre performance économique et respect social. L'histoire économique se compose de cycles et des évolutions peuvent subvenir. Rien n'est figé. Bien entendu, la place des RH dans les entreprises a été abordée et leur rôle important réaffirmé : plus que jamais, tant pour maintenir les compétences que les fidéliser, leur place dans les processus de décision doit être réaffirmée comme un rappel de la nature sociétale de l'entreprise moderne.
En revanche, que faire face à la situation actuelle ? Deux modèles ont été présentés et longuement commentés : l'un serait de donner tout son sens (et rien d'autre que son sens) au contrat de travail en limitant l'apport salarial à un strict échange : travail contre salaire avec l'acceptation d'une mobilité importante (et de temps de rupture). Le salarié détournerait son investissement au bénéfice de structures plus stables et porteuses de sens (famille, vie associative, etc.) ; dans cette hypothèse, l'entreprise n’est plus qu'une usine qui transforme de l'énergie humaine en produits et personne n'attend quelque chose de l’autre : il n'y a plus de pacte. Une autre piste a été introduite : celle de mettre en place un échange gagnant pour tous : le salarié serait un développeur de projets, intégré dans une dynamique vertueuse de conquête des marchés tandis que l'entreprise mettrait à sa disposition les moyens nécessaires à l’accomplissement des missions. Dynamique, vertueux, plus proche de la "nouvelle économie", ce modèle séduisant et porteur de richesses est-il importable partout ?
Les participants ont tous été d'accord sur un constat : il est nécessaire de procéder à un diagnostic complet et loyal des maux dont souffrent l'économie française et ses différents acteurs. Seule cette étude permettra aux pouvoirs publics de décider des moyens permettant, soit de corriger ces dysfonctionnements, soit de les compenser. Le déficit de l'assurance maladie et les suicides au travail démontrent qu'il y a urgence à prendre des décisions. Ces décisions dicteront un choix de société. Ne pas en prendre aussi.
Frank de Nebehay
Producteur de l’Atelier des Savoirs
Le constat qui a le plus provoqué d'échanges, c'est la rupture profonde qui semble s'installer entre les salariés - après les ouvriers, les cadres et depuis quelques temps les cadres supérieurs - et leur entreprise. Il s'est instauré des logiques différentes de réussites et de rapports au temps : les uns dépendent du long terme pour stabiliser leur vie alors que l'entreprise, tant au niveau de ses dirigeants que de ses actionnaires, privilégie une vision à très court terme de ses résultats et de ses stratégies économique et sociale. Ainsi, il arrive parfois que des efforts importants soient demandés aux salariés qui conduisent à une optimisation des résultats... avant cession ou fermeture, les logiques économiques devenant mondiales alors que les équilibres sociaux sont nationaux et parfois locaux. La crise a accentué ce phénomène auquel les salariés semblent maintenant se résigner avec amertume, avec des dégâts physiques ou psychologiques importants et ce parfois avant même une première expérience professionnelle puisqu'il existe pour les étudiants l'exemple désenchanté des parents.
Doit-on considérer que ces constats ne concernent que la France, la situation y étant particulièrement alarmante (peut-être en raison de son goût trop prononcé pour l'industrialisation et les process comme ceci a été suggéré) ? Des expériences suédoises, moins pyramidales, plus délégataires (et respectueuses des compétences) et mieux intégrées dans les tissus sociaux ont été détaillés tandis que des exemples français ou américains ont servi aussi d'illustration de mariages réussis entre performance économique et respect social. L'histoire économique se compose de cycles et des évolutions peuvent subvenir. Rien n'est figé. Bien entendu, la place des RH dans les entreprises a été abordée et leur rôle important réaffirmé : plus que jamais, tant pour maintenir les compétences que les fidéliser, leur place dans les processus de décision doit être réaffirmée comme un rappel de la nature sociétale de l'entreprise moderne.
En revanche, que faire face à la situation actuelle ? Deux modèles ont été présentés et longuement commentés : l'un serait de donner tout son sens (et rien d'autre que son sens) au contrat de travail en limitant l'apport salarial à un strict échange : travail contre salaire avec l'acceptation d'une mobilité importante (et de temps de rupture). Le salarié détournerait son investissement au bénéfice de structures plus stables et porteuses de sens (famille, vie associative, etc.) ; dans cette hypothèse, l'entreprise n’est plus qu'une usine qui transforme de l'énergie humaine en produits et personne n'attend quelque chose de l’autre : il n'y a plus de pacte. Une autre piste a été introduite : celle de mettre en place un échange gagnant pour tous : le salarié serait un développeur de projets, intégré dans une dynamique vertueuse de conquête des marchés tandis que l'entreprise mettrait à sa disposition les moyens nécessaires à l’accomplissement des missions. Dynamique, vertueux, plus proche de la "nouvelle économie", ce modèle séduisant et porteur de richesses est-il importable partout ?
Les participants ont tous été d'accord sur un constat : il est nécessaire de procéder à un diagnostic complet et loyal des maux dont souffrent l'économie française et ses différents acteurs. Seule cette étude permettra aux pouvoirs publics de décider des moyens permettant, soit de corriger ces dysfonctionnements, soit de les compenser. Le déficit de l'assurance maladie et les suicides au travail démontrent qu'il y a urgence à prendre des décisions. Ces décisions dicteront un choix de société. Ne pas en prendre aussi.
Frank de Nebehay
Producteur de l’Atelier des Savoirs
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