Jan 12th

Le pacte social de l’entreprise

By Kévin

"Métro, boulot , dodo" slogan connu d'une répétition journalière à connotation négative. L'on peut désormais ajouter : "Fatigue, migraine, insomnie"... Comment  nos grands-parents abattaient ils des journées de 12 heures sans fléchir ??? Sommes-nous devenus de "petites natures" ?

Avant, le travail occupait une place équilibrée et distincte des autres dimensions qui permettaient à l'homme de se construire: la famille, la communauté, la religion. Il y avait donc un temps pour tout. Mais aujourd'hui c’est comme si le travail était au centre de la vie.Le travail étant même devenu la vie. Et l'on a tendance à gérer sa vie comme l'on gère son travail avec des objectifs de performance et le poids des obligations !

Pas étonnant donc que l'entreprise soit aujourd'hui considéré comme un pôle majeur d'intégration. Mais voilà, même le monde de l'entreprise est touché par la crise, financière et/ou humaine menant aujourd'hui au suicide… si cet acte dramatique appartient au domaine de la sphère privé, qu'il soit réalisé dans la sphère publique et dans sa forme la plus démocratisée - l'entreprise - n'est peut être pas anodin du malaise ambiant… Il faut tout de même noter que Renault, EDF, France Télécom sont d'anciennes administrations devenues brusquement des entreprises concurrentielles à marche forcée, (parfois pour survivre, comme Renault). Non seulement ces entreprises ont dû se réorganiser, supprimer des emplois et transformer des compétences. Mais elles ont surtout changé de logique.

A mon avis, nous sommes confrontés à un réel problème : la perte de sens… (dû à de multiples raisons que d'autres sauront beaucoup mieux exprimer que moi : la modernité, la montée de l'individualisme, l'éclatement des valeurs, et même la loi Le Chapelier !) nous cherchons donc - aujourd'hui - à donner ou redonner du sens : donner du sens à son existence, à son travail, à l'Amour, à notre avenir, à nos liens sociaux. Donner du sens à notre identité dans la sphère privé mais aussi dans la sphère publique.

Adapté au milieu de l'entreprise cela donne ceci : "On travaille pour une entreprise, pour un salaire, pour une promotion, pour payer l'hypothèque, pour faire vivre ses enfants, pour acheter le dernier écran plat, payer les dernières traites de la voiture", on travaille donc "pour" et non "parce que". On travaille pour une carotte polymorphe qui anesthésie notre existence… Produire plus pour produire encore plus sans donner de sens… Est-il si étonnant de voir des Hommes craquer devant un tel paradigme ?

Or, le travail est intimement liés aux capacités et qualités de l'homme et de la femme et doit les mettre en valeur. Le travail n'est pas un pis aller, une nécessité mais véritablement une expression de notre humanité. Il est celui qui définit notre identité dans la sphère publique, notre utilité sociale. Ainsi, perdre le sens DE son travail et AU travail, c'est perdre un peu de tout cela, c'est perdre un peu de soi…

Comment redonner du sens au pacte social ?

Un début de réponse serait déjà de dire que les entreprises les plus intéressantes sont celles qui ont bien intégré la volonté des salariés de trouver un juste équilibre entre leur vie personnelle et professionnelle mais aussi de développer leurs compétences en contrepartie de leur implication. Ce fameux rapport donnant-donnant, quand il est respecté (ce qui est rare, qui plus est dans notre logique de course au résultat), me semble plutôt sain. Il implique par conséquent de ne pas faire de promesses qu'on ne peut tenir : l'entreprise ne doit pas se positionner comme un bâtisseur de cathédrale et devrait arrêter de communiquer si largement sur des valeurs sur lesquelles personne n'est dupe. Mais elle doit tenter de réhabiliter la notion de travail bien fait et valoriser la signification même du travail.

Une autre solution serait peut être de repenser le rôle des organismes intermédiaires et, en particulier, celui des syndicats en élargissant leurs domaines d'actions mais aussi leurs devoirs.